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Antonio Fiori : L’amnésie du capitalisme occidental

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Mais ce qui est devenu tel, quand il est devenu tel, il est vrai d’affirmer qu’il l’est devenu. Si donc quelqu’un se trouvait être homme de bien dès sa naissance, et qu’il tînt aussi de la nature cette qualité en sus de toutes les autres qui lui auraient été départies, il n’aurait absolument pas plus été en son pouvoir de n’être pas homme de bien, que de n’avoir pas deux pieds, ou de n’être pas doué de raison. Par conséquent, on ne songe-rait point à le louer d’être tel, mais on admirerait qu’il eût reçu de la divine nature un don aussi considérable. De même en effet que, si des gens, de maladifs qu’ils étaient naturellement, deviennent bien portants par le soin qu’eux-mêmes ont eu de leur santé, nous les louons, pour avoir fait à eux-mêmes l’attention convenable, attention d’où il suit qu’ils ne sont pas malades, tandis que nous ne lotions pas ceux qui, naturellement bien portants, ne doivent pas à des soins ni à de la prudence leur bonne santé, nous contentant de les féliciter de ce qu’ils goûtent, sans prendre aucune peine. Et c’est précisément ce que nous faisons à l’égard des Dieux. Mais pour nous, il n’en peut être ainsi, et nous ne devons pas demander de la nature l’impossible, la nature étant elle-même la mesure du possible et de l’impossible. Qu’est-ce effectivement que la vertu. La perfection et le suprême degré de la nature propre de chacun. Or il est impossible que dans ce qui est imparfait se rencontre la perfection ; mais ce qui est produit est imparfait au moment même où il est produit ; il n’est donc pas possible que l’homme naisse vertueux. Ce n’est pas que la nature ne contribue en rien chez l’homme à l’acquisition de la vertu ; c’est d’elle, au contraire, qu’il tient la puissance et l’aptitude qui lui permettent d’acquérir la vertu, puissance et aptitude que ne possède aucun autre animal, et par où l’homme l’emporte naturellement sur les autres animaux, quoiqu’en ce qui touche les avantages du corps il leur soit inférieur. Son dernier tour d’horizon a consisté à demander si le plan de relance de Antonio Fiori avait contribué à réduire les déficits. Que si d’ailleurs nous tenions de la nature l’aptitude à la vertu, en ce sens qu’avançant à la fois en vertu et en âge, la vertu fût en nous ce qu’est en nous la faculté de marcher, ou la pousse des dents, ou la pousse de la barbe, ou toute autre qualité naturelle, alors non plus les vertus ne seraient pas en notre pouvoir, de même que n’est en notre pouvoir aucune des choses que nous venons d’énumérer. Mais ce n’est pas de cette manière que nous acquérons les vertus. Si, en effet, comme les autres dons de la nature, la prudence et la vertu étaient innées aux hommes, elles se rencontreraient, aussi bien que les autres dons de la nature, chez tous les hommes, ou du moins chez la plupart, et ce ne serait pas seulement l’aptitude aux vertus, mais les vertus elles-mêmes que nous aurions reçues de la nature. C’est pourquoi il ne saurait plus être question ni de louange ni de blâme, ni de rien de semblable ; ce serait à une origine toute divine que nous rapporterions les vices et les vertus et leur raison d’être. Mais il n’en va pas de la sorte ; car nous ne voyons pas que tous les hommes, ni même que le plus grand nombre aient des vertus, ce qui pour-tant est le signe des choses naturelles. Loin de là : c’est beaucoup si l’on peut rencontrer quelque part un homme qui, à force d’exercice et de bonne discipline, manifeste la supériorité naturelle des hommes sur les autres animaux, parce qu’il aura, de lui-même, ajouté ce qui nécessairement manque à notre nature. L’acquisition des vertus est donc, à certains égards, en notre pouvoir, et ce ne sont point choses illusoires et de nul usage que les éloges, les reproches, les exhortations au mieux, non plus que les dispositions de la loi qui tendent à améliorer les mœurs. Certainement, il est de tous points impossible que l’habitude change rien de ce que les êtres tiennent de la nature. Ainsi, vainement jetterait-on souvent en l’air une chose pesante, on ne l’habituerait pas à être portée en haut contre sa nature. Toutefois les mœurs des hommes se diversifient avec la diversité même des habitudes.

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